Macron et Dati : droitisation et fascination pour la transgression

Rachida Dati, aux antipodes du macronisme originel, est devenue l’une des figures politiques préférées d’Emmanuel Macron, porté par une certaine « droitisation » du chef de l’État, mais aussi par sa fascination pour des profils jugés « transgressifs ».

Entre les deux tours des municipales, l’entourage du président répète : « Le président prendra les maires que les Français lui donnent », soulignant son principe de non-ingérence. La seule exception notable : Paris.

Paris : une intervention directe

« Je suis la candidate à la mairie de Paris soutenue par Emmanuel Macron », avait affirmé Rachida Dati fin février en quittant le gouvernement, alors que Renaissance, le parti présidentiel, avait choisi de ne pas soutenir la candidate Les Républicains, préférant Pierre-Yves Bournazel, proche d’Edouard Philippe.

Dès le soir du premier tour, Emmanuel Macron a personnellement appelé l’ex-Premier ministre pour encourager une alliance entre les deux listes, malgré leurs relations tendues. En revanche, il a démenti toute intervention en faveur du retrait de la candidate d’extrême droite Sarah Knafo, comme l’affirmait le socialiste Emmanuel Grégoire.

« C’est étonnant de voir Emmanuel Macron mouiller la chemise pour l’adversaire d’Emmanuel Grégoire », note Vincent Martigny, professeur en sciences politiques à l’université de Nice, rappelant que le candidat socialiste correspond davantage au macronisme originel.

Une figure transgressive aux antipodes du macronisme de 2017

Rachida Dati, ancienne ministre et figure sarkozyste, souvent qualifiée de « bling-bling » et bientôt jugée pour corruption et trafic d’influence, incarne tout le contraire de l’image progressiste et du dépassement des clivages politiques qu’Emmanuel Macron promouvait à son arrivée à l’Élysée.

Certains anciens soutiens du président, comme Philippe Grangeon, ont pris leurs distances. Dans une tribune à L’Opinion, il annonçait son choix de voter pour Emmanuel Grégoire, estimant que Dati était « de facto la candidate choisie par l’extrême droite » et qu’il ne partageait ni son projet ni ses valeurs.

Vincent Martigny résume : « Le Macron de 2026 n’est pas celui d’il y a neuf ans. C’est un président de centre-droit, ses alliances se font à droite. » Même dans la macronie, la « droitisation » est évidente : « Pas besoin d’être un génie pour voir qu’il s’est droitisé », confirme une ministre actuelle.

Une relation stratégique et personnelle

Lorsque Macron convainc Rachida Dati de devenir ministre de la Culture en 2024, il s’agit avant tout d’une nouvelle « prise » à droite, d’une personnalité populaire. Le rôle de Brigitte Macron, qui apprécie Dati, est également évoqué par plusieurs proches.

Rapidement, Dati devient une avocate de choc du président dans les médias, même lorsque la macronie commence à se déliter. Sa loyauté est récompensée par un soutien constant.

L’entourage présidentiel insiste sur une dimension plus personnelle : « C’est comme François Mitterrand qui s’amourache de Bernard Tapie : le président aime les fortes personnalités, tranchées et tranchantes, capables de tenir face aux attaques », explique un ancien conseiller. Dati séduit par son côté « un peu canaille, un peu pitbull », mais aussi par sa méritocratie et sa capacité à « casser les codes ».

Née d’une mère algérienne et d’un père marocain, ayant grandi dans une famille nombreuse en cité HLM, Rachida Dati incarne cette dynamique de dépassement et d’affirmation individuelle qui fascine le président.

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