Yémen : l’état d’urgence proclamé après des frappes saoudiennes contre les séparatistes du Sud

Le Yémen a décrété mardi 30 décembre l’état d’urgence sur l’ensemble de son territoire, au lendemain de frappes aériennes menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Riyad accuse les Émirats arabes unis, pourtant alliés de longue date, de soutenir les séparatistes du sud du pays de manière « extrêmement dangereuse », provoquant une grave escalade diplomatique et militaire.

Aux premières heures de la journée, la coalition conduite par Riyad a annoncé avoir mené une « opération militaire limitée » contre des cargaisons d’armes débarquées dans le port d’al-Mukalla, dans l’est du pays. Selon l’agence officielle saoudienne SPA, les armes et véhicules de combat provenaient de deux navires arrivés du port émirati de Fujairah et étaient destinés aux forces du Conseil de transition du Sud (CTS), un mouvement séparatiste jusque-là allié au gouvernement central dans la lutte contre les rebelles houthis.

Cette alliance a volé en éclats début décembre, lorsque le CTS s’est emparé de vastes portions du territoire, notamment dans la région de l’Hadramaout. Le mouvement affiche désormais clairement son objectif : rétablir l’ancien État du Yémen du Sud, qui avait existé entre 1967 et 1990, avec le soutien d’Abou Dhabi.

Dans son communiqué, la coalition saoudienne justifie les frappes par « les risques et l’escalade » que représentent ces armes pour « la sécurité et la stabilité » du pays et de la région. Un responsable local du port d’al-Mukalla, s’exprimant sous couvert d’anonymat, affirme avoir été averti d’une évacuation vers 4 heures du matin, « un quart d’heure avant la frappe ». « L’évacuation a été achevée et la frappe a eu lieu peu après. Des flammes sont toujours visibles et les pompiers n’ont pas pu intervenir par crainte d’explosions », a-t-il témoigné. Les routes menant au port ont depuis été fermées. Selon cette source, aucune victime n’est à déplorer.

Riyad accuse Abou Dhabi, Sanaa réagit

Dans un communiqué distinct, le ministère saoudien des Affaires étrangères a accusé les Émirats arabes unis d’avoir « poussé » les séparatistes à mener des opérations militaires près de la frontière sud de l’Arabie saoudite, qualifiant ces actions de « menace pour la sécurité du royaume et de la région ». Riyad a averti qu’il « n’hésiterait pas à prendre toutes les mesures nécessaires » pour neutraliser cette menace.

Dans la foulée, le Conseil présidentiel yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, a annoncé l’annulation d’un pacte de défense avec Abou Dhabi et la proclamation de l’état d’urgence dans tout le pays. Il a également donné un ultimatum de 24 heures aux forces émiriennes pour quitter le territoire yéménite pacifiquement.

Les Émirats annoncent le retrait de leurs troupes

Mardi après-midi, les Émirats arabes unis ont annoncé le retrait de leurs forces encore présentes au Yémen. « Le ministère de la Défense annonce la fin des équipes antiterroristes encore déployées au Yémen », indique un communiqué, précisant que cette décision a été prise « de la propre initiative » d’Abou Dhabi, en coordination avec les partenaires concernés et dans un souci de sécurité pour son personnel.

Washington appelle à la retenue

Soutenu par les Émirats, le Conseil de transition du Sud a consolidé ces dernières semaines son contrôle sur plusieurs régions sans rencontrer de forte résistance. Le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale, avait demandé vendredi à la coalition militaire de prendre des « mesures » pour le soutenir face à cette offensive.

Les États-Unis, alliés à la fois de Riyad et d’Abou Dhabi, se montrent prudents. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a appelé à la « retenue », évitant de prendre parti dans ce différend entre deux partenaires clés de Washington.

Ces nouvelles tensions risquent d’aggraver encore la situation d’un pays déjà ravagé par plus de dix ans de conflit. Depuis 2014, la guerre entre le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition arabe, et les rebelles houthis, appuyés par l’Iran, a fait des centaines de milliers de morts, déplacé des millions de personnes et plongé le pays dans l’une des pires crises humanitaires au monde. Une trêve conclue en 2022 reste globalement respectée, malgré des épisodes de violences sporadiques.

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