Tensions avec les États-Unis : le Venezuela, quelle puissance militaire réelle ?

Alors que les tensions montent avec Washington, le président Nicolás Maduro a ordonné une mobilisation massive de ses forces armées. Mais derrière la rhétorique belliqueuse de Caracas, que vaut réellement l’armée vénézuélienne face à la première puissance militaire mondiale ?


Une mobilisation “massive” face à l’ennemi “impérialiste”

Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, a annoncé mardi 11 novembre la mise en “préparation opérationnelle totale” de l’ensemble des forces armées vénézuéliennes. Cette décision intervient peu après l’arrivée, dans les Caraïbes, du porte-avions USS Gerald R. Ford, le plus imposant navire de guerre des États-Unis.

Selon Caracas, cette mobilisation concerne l’infanterie, l’armée de l’air, la marine, ainsi que l’arsenal balistique du pays.
Mais pour de nombreux observateurs, cette démonstration de force tient davantage de la mise en scène politique que d’une véritable préparation à la guerre.

“C’est une rhétorique classique du pouvoir vénézuélien, où la mobilisation militaire sert autant à galvaniser la population qu’à rappeler le rôle central de l’armée dans le régime”, explique Rebecca Jarman, spécialiste de l’Amérique latine à l’université de Leeds.


Une armée régionale, mais sans poids mondial

Sur le papier, le Venezuela se classe 51e du classement mondial 2025 de Global Fire Power.

“C’est une puissance militaire importante à l’échelle régionale, mais sans comparaison possible avec les grandes armées mondiales”, souligne Amalendu Misra, expert en sécurité à l’université de Lancaster.

L’armée vénézuélienne compte environ 123 000 soldats actifs et 300 000 réservistes, selon le site Defense Feeds. En face, les États-Unis disposent de plus de 450 000 soldats actifs rien que pour l’armée de terre.

Mais à cette force “officielle” s’ajoute une composante plus floue : les milices bolivariennes, créées en 2008 par Hugo Chávez. Leur effectif exact reste incertain, mais ils seraient au moins un million, selon Misra. Ces miliciens, utilisés à la fois pour la défense du territoire et le maintien de l’ordre, constituent une force paramilitaire que Maduro présente comme un rempart populaire contre l’ennemi impérialiste.

“Même si tous ne répondraient sans doute pas à un appel aux armes, ces milices restent un facteur à prendre en compte pour toute opération terrestre”, estime Misra.


Aviation et défense : les atouts de Maduro

Le Venezuela possède encore quelques F-16 américains achetés avant la rupture avec Washington, mais son parc aérien repose surtout sur une flotte de Soukhoï Su-30MK2 russes, considérés comme “les chasseurs les plus sophistiqués du nord de l’Amérique du Sud”.

Le pays a aussi développé un système de défense anti-aérienne solide, héritage de ses liens militaires avec Moscou.

“Même si le rapport de force reste largement en faveur des États-Unis, une éventuelle bataille aérienne ne serait pas une simple formalité”, analyse Rebecca Jarman.

En revanche, l’armée de terre est moins impressionnante : elle aligne des chars russes vieillissants et quelques modèles français des années 1970 (AMX-30, AMX-13).


Une armée peu expérimentée et sous sanctions

Si l’arsenal existe, l’expérience du combat réel fait défaut.

“L’armée vénézuélienne n’a jamais été confrontée à une guerre moderne. On ignore sa capacité à opérer efficacement en conditions réelles”, rappelle Misra.

Les sanctions internationales limitent par ailleurs l’accès du Venezuela à des pièces détachées et à des équipements neufs, réduisant sa capacité de maintien opérationnel.

Dans l’hypothèse d’un conflit avec les États-Unis, les experts jugent qu’une guérilla serait la seule option envisageable pour Caracas.

“C’est sur ce terrain – dans les zones montagneuses ou urbaines – que les forces vénézuéliennes et les milices ont le plus d’expérience, notamment face au narcotrafic”, souligne Jarman.


Un isolement international quasi total

En cas d’affrontement, le Venezuela serait seul. Ses alliés — la Chine, la Russie et l’Iran — “n’ont aucun intérêt à s’engager directement contre les États-Unis”, selon Misra.
Les pays voisins, souvent critiques du régime Maduro, ne viendraient pas non plus à son secours.

“Le Venezuela reste un État paria dans la région. Aucun pays d’Amérique latine ne veut être associé à un conflit mené par Caracas”, observe Jarman.


Une guerre perdue d’avance, mais pas sans résistance

Face à la machine militaire américaine, le Venezuela n’aurait aucune chance de victoire conventionnelle. Mais une éventuelle intervention au sol pourrait s’avérer plus complexe que prévu.

“Les États-Unis gagneraient sans difficulté stratégique, mais pas sans coût humain et politique. Ce ne serait pas aussi simple que Washington pourrait le croire”, conclut Rebecca Jarman.

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