« Schengen des armées » : l’UE présente un plan pour accélérer la mobilité militaire face à la Russie

L’Union européenne a dévoilé mercredi 19 novembre un ensemble de mesures visant à renforcer la mobilité des armées sur le continent, afin de mieux répondre à la menace russe. L’objectif est clair : permettre à des blindés stationnés en Espagne d’atteindre la Pologne rapidement, et non « après la guerre », comme l’a résumé un responsable européen.

Des obstacles logistiques persistants

Aujourd’hui, le transit des chars et autres matériels militaires à travers l’UE nécessite encore des autorisations pays par pays. Même lorsqu’elles sont obtenues, certaines routes et ponts ne supportent pas le poids des blindés, obligeant les armées à emprunter des itinéraires détournés. La Cour des comptes de l’Union européenne avait ainsi relevé que des chars se voyaient parfois refuser l’accès à un État membre en raison de limites de poids sur les routes.

En tout, quelque 500 points de passage stratégiques ont été identifiés dans l’UE, dont la plupart devront être modernisés. La Commission européenne estime le coût de cette modernisation à près de 100 milliards d’euros.

Un permis unique et des autorisations prioritaires

Pour lever ces goulots d’étranglement, la Commission propose la mise en place d’un « permis unique » valable dans toute l’UE, afin de supprimer la succession de demandes d’autorisations, certaines devant être déposées jusqu’à 45 jours à l’avance. Cette simplification devrait réduire le temps de transport des troupes et des matériels à « trois jours » en situation d’urgence, selon Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne.

Des règles de passage prioritaires et un « mécanisme de solidarité » — mettant en commun du matériel civil et militaire — sont également envisagés. Des tests réguliers des infrastructures permettront de vérifier leur praticabilité en cas de crise.

Un investissement massif et l’essor des technologies de défense

Entre 2028 et 2034, la Commission prévoit d’affecter au moins 17 milliards d’euros à la mobilité militaire, soit dix fois plus que sur la période 2021-2027. Ces mesures s’inscrivent dans la continuité des plans d’action déjà présentés en 2022, jugés insuffisants par la Cour des comptes de l’UE.

Parallèlement, Bruxelles veut rapprocher l’industrie européenne de défense des nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, la quantique et le spatial. Les plateformes d’IA déjà existantes, surnommées « usines d’intelligence artificielle », seront ouvertes aux projets de défense, et de nouvelles infrastructures de ce type, y compris des « giga-usines », doivent voir le jour pour soutenir l’innovation militaire.

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