Présidentielle anticipée : que se passerait-il si Emmanuel Macron démissionnait ?

Alors que la crise politique s’enlise, l’hypothèse d’une démission d’Emmanuel Macron revient avec insistance. Ce mardi 7 octobre, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe a ouvertement appelé le chef de l’État à organiser une élection présidentielle anticipée, après l’adoption du budget 2026. Un scénario jusqu’ici impensable, mais de plus en plus discuté dans le débat public. Que prévoit la Constitution en cas de départ anticipé du président ? France 24 fait le point.


Une démission présidentielle est-elle possible ?

Oui. Le président de la République peut démissionner à tout moment, sans justification particulière. Il lui suffit d’adresser un courrier officiel au Conseil constitutionnel, qui constate alors la vacance du pouvoir.

Dans ce cas, l’intérim est assuré par le président du Sénat, en vertu de l’article 7 de la Constitution. L’actuel titulaire de la fonction, Gérard Larcher (LR), serait donc chargé de diriger provisoirement l’État jusqu’à l’élection d’un nouveau chef d’État.


Quelle est la procédure en cas de démission ?

La démission du président de la République entraîne la convocation d’un scrutin présidentiel anticipé, dans un délai très court : entre 20 et 35 jours après la constatation officielle de la vacance.

Toutes les règles encadrant une élection présidentielle s’appliqueraient : temps de parole, financement de campagne, collecte des parrainages, et dépôt des candidatures.

Si Emmanuel Macron présentait sa démission dans les prochains jours, le premier tour pourrait être organisé entre le 28 octobre et le 12 novembre 2025.


Existe-t-il un précédent sous la Ve République ?

Un seul président a quitté l’Élysée avant la fin de son mandat : Charles de Gaulle, en avril 1969, après l’échec de son référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation.

Son départ avait conduit à l’intérim d’Alain Poher, président du Sénat, et à l’organisation d’une présidentielle anticipée. Georges Pompidou fut élu quelques semaines plus tard.

Un second cas d’élection anticipée a eu lieu en 1974, cette fois à la suite du décès de Pompidou en cours de mandat.


Une démission différée est-elle envisageable ?

C’est l’idée évoquée par Édouard Philippe : une démission annoncée à l’avance, qui ne deviendrait effective qu’en 2026, une fois le budget voté. Mais ce scénario n’a aucune base constitutionnelle.

« La Constitution ne prévoit pas de démission à effet différé », rappelle la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina. Le chef de l’État ne peut pas préparer une présidentielle anticipée tout en restant à l’Élysée.

Selon elle, ce flou juridique ouvrirait la voie à une « précampagne » chaotique, sans cadre légal clair sur l’égalité d’accès aux médias ou les règles de financement. Un contexte jugé « inéquitable » et potentiellement « explosif » en termes de contentieux électoral.


Une hypothèse qui gagne du terrain

Malgré ses démentis répétés, Emmanuel Macron fait face à une pression croissante. Outre Édouard Philippe, plusieurs responsables politiques de tous bords — Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Jean-François Copé, David Lisnard ou encore Dominique de Villepin — ont évoqué ou réclamé son départ.

Un sondage Odoxa publié le 6 octobre dans Le Figaro indique que 70 % des Français souhaitent désormais sa démission.

Alors que le président a laissé 48 heures au Premier ministre Sébastien Lecornu pour finaliser des « ultimes négociations », une décision pourrait intervenir très rapidement. Si elle devait mener à une vacance du pouvoir, la France pourrait connaître sa première élection présidentielle anticipée depuis plus de 50 ans.

Share this content:

Laisser un commentaire