Près de 250 victimes d’un ex-haut fonctionnaire de la Culture appelées à se manifester « au plus vite »
Les femmes ayant subi l’emprise de Christian Nègre, ancien DRH du ministère de la Culture accusé d’avoir administré des diurétiques à ses interlocutrices lors de prétendus entretiens professionnels, sont appelées à se faire connaître sans délai auprès de la justice. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a lancé jeudi un appel inhabituel afin d’accélérer l’audition des victimes avant fin mars, en vue d’une clôture des investigations fin 2026.
Un système pervers démantelé en 2018
Démasqué en 2018 après qu’une femme eut porté plainte pour avoir été photographiée sous la table, Christian Nègre fait l’objet d’une instruction pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public » et « atteinte à l’intimité ». Sur son ordinateur, les enquêteurs ont découvert un tableau recensant 181 entretiens au cours desquels il aurait fait absorber des produits diurétiques à des candidates, les contraignant à uriner en sa présence.
À ce jour, 248 victimes ont été recensées et « au moins 180 » se sont constituées parties civiles, selon le parquet. Le ministre de la Culture de l’époque, Franck Riester, avait qualifié l’affaire de « complètement folle, d’un pervers ».
Un appel urgent qui fait polémique
Si la justice espère ainsi avancer vers un éventuel procès, le délai très court donné aux victimes pour se signaler suscite l’indignation parmi leurs avocats. Me Louise Beriot, de la Fondation des Femmes, dénonce une « victimisation secondaire » : « Ce travail d’investigation aurait dû être mené depuis six ans. Fixer un délai aux victimes pour arriver dans la procédure, c’est extrêmement choquant. »
Elle réclame également la réalisation d’expertises judiciaires pour que les femmes soient pleinement reconnues comme victimes et indemnisées, au-delà du dispositif d’évaluation des besoins annoncé par le parquet.
Des recours limités pour les victimes
Certaines victimes ont pu obtenir des indemnisations en engageant la responsabilité de l’État, mais celles qui espéraient bénéficier de la protection fonctionnelle du ministère de la Culture se sont vu opposer un refus début janvier, au motif qu’elles n’avaient pas la qualité d’« agent public ».
Cet appel pressant de la justice marque une étape cruciale dans une affaire qui a laissé des centaines de femmes dans l’attente depuis six ans, tout en révélant les difficultés persistantes de la prise en charge judiciaire des victimes de violences systémiques.
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