Pollution à Gabès : grève générale pour exiger la fermeture d’un complexe chimique vieillissant

La ville de Gabès, dans le sud de la Tunisie, est totalement paralysée ce mardi 21 octobre par une grève générale à l’appel de la centrale syndicale UGTT. Les habitants réclament la fermeture immédiate d’un complexe industriel d’engrais, accusé d’être à l’origine d’une pollution massive et de nombreux cas d’intoxications, notamment chez des enfants.

Depuis deux semaines, cette agglomération de 400 000 habitants est secouée par un vaste mouvement de protestation après l’apparition de plus de 200 cas d’intoxication, signalés depuis début septembre. En cause : l’usine du Groupe chimique tunisien (GCT), en activité depuis 1972, qui rejette des résidus toxiques dans l’environnement, selon des experts et des riverains.

Une ville à l’arrêt

« La ville est paralysée, tout est fermé à Gabès », a déclaré Saoussen Nouisser, responsable régionale de l’UGTT, assurant que la grève est suivie « à 100 % ». Commerces, bureaux, écoles : toutes les activités sont suspendues. Un rassemblement d’avocats et de fonctionnaires a eu lieu dans la matinée devant le siège local de l’UGTT, suivi d’une grande manifestation dans l’après-midi.

« Nous sommes tous en colère contre la situation environnementale catastrophique dans notre ville sinistrée », a ajouté Nouisser, pointant du doigt « l’inaction du pouvoir et ses promesses non tenues ».

Une pollution dénoncée de longue date

Le complexe chimique du GCT, implanté en bord de mer, utilise des substances dangereuses telles que l’acide sulfurique et l’ammoniac pour la fabrication d’engrais à base de phosphate. Il est régulièrement pointé du doigt pour ses rejets toxiques, aussi bien gazeux que solides, directement dans l’environnement.

Des spécialistes estiment que la reprise récente de fortes émanations serait liée à une hausse de la production sur des installations vétustes. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des enfants secourus après des malaises dans des établissements scolaires, images qui ont fortement mobilisé la population.

La semaine dernière, une manifestation d’envergure avait rassemblé plusieurs milliers de personnes, avant d’être violemment dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogène. Selon les autorités, des « violences » auraient été commises à cette occasion. Le porte-parole de la Garde nationale, Houcem Eddine Jebabli, a évoqué « plus de 50 fumigènes incendiaires, 800 cocktails Molotov », ainsi que des actes de pillage.

Des promesses non tenues

En 2017, les autorités avaient annoncé le démantèlement du complexe et son remplacement par une installation respectueuse des normes environnementales. Mais rien n’a été fait depuis, malgré les risques sanitaires et la colère croissante de la population.

Le complexe emploie aujourd’hui 4 000 personnes, dans une région où le chômage reste très élevé. L’exploitation des phosphates, principale ressource naturelle du pays, est considérée comme un pilier économique stratégique par le président Kais Saied.

Face à la pression populaire, le ministre de l’Équipement Salah Zouari a promis des « mesures urgentes » dans un délai de « trois à six mois ». Des entreprises chinoises auraient été désignées pour traiter les émissions polluantes du site.

Mais pour les habitants de Gabès, la patience a atteint ses limites. Ils exigent des actes concrets – et rapides – pour mettre fin à une situation qu’ils jugent intenable.

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