Pénurie de plasma : la France dépend à 65% des États-Unis, l’EFS lance un plan d’urgence

La France affiche une dépendance alarmante aux importations de plasma sanguin en provenance des États-Unis, où les donneurs sont rémunérés, pour répondre à ses besoins médicaux. Avec 65% de ses approvisionnements issus du marché américain, le pays cherche désormais à développer urgemment le don bénévole sur son territoire.

Un enjeu de souveraineté sanitaire
Le plasma – ce « liquide doré » du sang – est indispensable pour traiter de nombreuses pathologies : hémophilie, déficits immunitaires, brûlures graves et besoins en réanimation. La pandémie de Covid-19, durant laquelle les importations avaient été perturbées, a souligné la vulnérabilité stratégique de cette dépendance.

Le business du plasma outre-Atlantique
Aux États-Unis, le don rémunéré (40 à 100 dollars par prélèvement) constitue un marché florissant de 6 milliards d’euros, dominé par deux géants : l’australien CSL et l’espagnol Grifols. Le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB), propriété de l’État, y exploite lui-même six centres de collecte.

L’objectif : 1,4 million de litres d’ici 2028
L’Établissement français du sang (EFS) veut augmenter de 200 000 le nombre de donneurs et passer à 1,4 million de litres de plasma collectés d’ici 2028. Seuls 3,6% des Français éligibles donnent actuellement leur sang.

Les leviers actionnés :

  • Ouverture de 20 nouvelles « maisons du don »
  • Campagnes de communication régionales
  • Assouplissement des règles (délai réduit après tatouage)
  • Proposition de loi pour faciliter le don sur le temps de travail

Un modèle éthique contesté
La France maintient son choix du don gratuit et anonyme pour éviter la marchandisation du corps, contrairement à l’Allemagne, l’Autriche ou la République tchèque où la rémunération est autorisée (20-25 euros/don). L’OMS encourage pourtant l’autosuffisance des pays, redoutant une crise mondiale si le marché américain venait à fléchir.

Le don de plasma en pratique
Plus long qu’un don de sang (environ 1 heure), le prélèvement par aphérèse permet de récupérer uniquement le plasma tout en restituant les globules rouges au donneur. Seulement 150 centres en France sont équipés pour cette technique.

Cette course contre la montre engage autant la souveraineté sanitaire française que l’accès aux traitements pour des milliers de patients dépendant des médicaments dérivés du plasma.

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