Naufrage dans la Manche en 2023 : peines de trois à quinze ans de prison pour huit passeurs
Justice – Paris, 18 novembre. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi huit hommes, originaires d’Afghanistan et du Kurdistan irakien, à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme pour leur rôle dans un réseau de passeurs impliqué dans le naufrage meurtrier d’août 2023 dans la Manche. Le parquet avait requis des sanctions « exemplaires ».
Âgés de 23 à 45 ans et pour certains déjà incarcérés depuis plus d’un an et demi, les prévenus ont été reconnus coupables d’homicides involontaires et d’aide à l’entrée et au séjour irrégulier en bande organisée. Tous avaient participé, à divers niveaux, à l’organisation d’une traversée clandestine vers le Royaume-Uni qui a coûté la vie à sept migrants afghans.
Un réseau structuré et lucratif
Selon la présidente du tribunal, les huit hommes ont mené une activité « particulièrement lucrative », exploitant « la grande vulnérabilité » de migrants auxquels ils vendaient des passages « dans des conditions dangereuses ». La magistrate a souligné que les prévenus avaient « créé les conditions conduisant aux décès » survenus lors du naufrage.
L’enquête a mis en lumière une organisation articulée autour de deux branches : une filière irako-kurde chargée de la logistique et une filière afghane responsable du recrutement des candidats au départ.
La nuit du drame
Dans la nuit du 11 au 12 août 2023, un pneumatique surchargé de 67 personnes avait quitté la plage de la Huchette, près de Calais. Victime d’une panne de moteur en haute mer, l’embarcation avait chaviré, projetant les passagers à l’eau. Sept personnes ont péri ; soixante survivants avaient été secourus par les autorités françaises et britanniques.
Il s’agit de l’un des accidents les plus graves depuis l’essor, en 2018, des traversées en « small boats ».
Jusqu’à 15 ans de réclusion
Les deux prévenus kurdes irakiens déjà condamnés pour des faits similaires ont écopé des peines les plus lourdes, en raison de leur absence de remise en question et d’un risque élevé de récidive :
- Idriss K. : 15 ans de réclusion
- Tariq H. : 12 ans de prison
Les autres peines varient de 3 à 9 ans d’emprisonnement, notamment pour les deux Afghans pour lesquels la qualification d’homicides involontaires n’a pas été retenue.
La relaxe d’un survivant
Le neuvième prévenu, Ibrahim A., Soudanais de 31 ans originaire du Darfour, a été totalement relaxé. Survivant du naufrage, il était soupçonné d’avoir piloté le bateau, une accusation jugée impossible à établir. La présidente du tribunal a reconnu sa qualité de victime :
« Vous êtes avant tout un candidat au départ et, comme les autres passagers, vous auriez pu perdre la vie », lui a-t-elle déclaré.
Son avocat, Me Raphaël Kempf, s’est réjoui de cette décision après « deux ans et trois mois de détention », estimant qu’elle lui permettra de demander l’asile en France.
Avant qu’il ne soit reconduit hors du tribunal, la présidente lui a adressé un dernier message :
« Le tribunal forme le vœu que vous trouviez en France cette vie meilleure à laquelle vous aspiriez en montant dans ce bateau. »
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