Municipales à Paris : Rachida Dati sous pression entre ses concurrents et l’ombre judiciaire
Après un démarrage de campagne remarqué sur les réseaux sociaux, Rachida Dati, candidate de la droite à la mairie de Paris, traverse une phase plus délicate. À six semaines du scrutin, elle se retrouve prise en tenaille entre Pierre-Yves Bournazel sur son flanc centriste et Sarah Knafo sur sa droite, tandis que ses ennuis judiciaires refont surface.
Les vidéos virales diffusées en début de campagne, notamment celles où la ministre de la Culture apparaissait en tenue d’éboueur, semblent avoir perdu de leur efficacité. L’irruption en janvier de l’eurodéputée Sarah Knafo, portée par un discours apaisé et le slogan « La Ville heureuse », a contribué à reléguer Rachida Dati au second plan dans l’espace médiatique.
Créditée de 27 % des intentions de vote dans un sondage Ipsos mi-décembre, la maire du VIIᵉ arrondissement stagne désormais entre 26 % et 28 %, selon les enquêtes les plus récentes. Elle reste distancée par Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche, donné entre 32 % et 33 %. Son intervention en prime time sur BFMTV à la mi-janvier n’a pas permis d’inverser la tendance.
Une droite fragmentée
La configuration du premier tour pourrait compliquer l’accès au second. Pierre-Yves Bournazel, candidat soutenu par Horizons et Renaissance, résiste autour de 14 %, tandis que Sarah Knafo serait en mesure de se qualifier avec environ 10 % des voix, selon un sondage publié lundi.
Interrogée par l’AFP, la porte-parole de campagne de Rachida Dati, Nelly Garnier, minimise la dynamique de la candidate eurodéputée. « Il y a eu un emballement médiatique autour de Sarah Knafo, mais en réalité elle prend surtout des voix à Thierry Mariani », estime-t-elle. Le candidat du Rassemblement national est désormais crédité de 4 à 5 %.
« L’enjeu, c’est d’éviter la dispersion des voix quand on veut une alternance de la droite et du centre. Il y a un travail de pédagogie à mener », ajoute-t-elle.
Sur le terrain, les soutiens de la candidate LR assurent rester mobilisés. « Dans le XVIᵉ arrondissement, je n’ai jamais vu autant de militants engagés », affirme David Alphand, co-président du groupe Dati au Conseil de Paris. Selon lui, les Parisiens ne sont pas encore pleinement entrés dans la campagne, et les socles électoraux demeurent relativement stables.
Tensions et soupçons d’accords
La fébrilité gagne néanmoins les états-majors. La démission récente de Paul Hatte, co-président du groupe pro-Bournazel au Conseil de Paris, qui a rallié le maire LR du XVIIᵉ arrondissement en dénonçant une « gauchisation » de son ancien camp, a ravivé les soupçons de tractations en vue du second tour.
« L’hypothèse de cinq candidats au second tour est crédible, et l’équipe Bournazel cherche à négocier avec la gauche pour l’élection du maire », a justifié Paul Hatte auprès de l’AFP. Une analyse reprise sur X par l’élue MoDem Maud Gatel, soutien de Rachida Dati, qui évoque un objectif consistant à faire élire un maire de gauche lors du troisième tour au Conseil de Paris.
Le politologue Philippe Moreau-Chevrolet juge toutefois ce scénario peu probable. « Rachida Dati a démarré très fort, mais Pierre-Yves Bournazel s’est renforcé en captant l’électorat macroniste, alors qu’on s’attendait à ce qu’il se retire », analyse-t-il. Il estime que Sarah Knafo constitue en revanche une menace directe pour la candidate LR, en s’appropriant des thèmes de droite comme la sécurité ou l’automobile, sans se laisser enfermer sur les sujets les plus clivants.
Le facteur judiciaire
À l’approche du scrutin, le procès pour corruption de Rachida Dati, prévu en septembre, refait surface dans le débat politique. « Ses soutiens reconnaissent à demi-mot que ses ennuis judiciaires constituent un handicap », confie une élue de Renaissance.
Le constitutionnaliste Benjamin Morel souligne l’enjeu majeur que représente cette échéance. « Une déclaration d’inéligibilité est possible, ce qui entraînerait une démission d’office. La question deviendrait alors : qui pour lui succéder ? »
Si Rachida Dati reste reconnue pour ses qualités de campagne, son plafonnement sous la barre des 30 % pourrait aussi traduire, selon plusieurs observateurs, les limites électorales actuelles de la droite dans la capitale.
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