Munich Security Conference : 62 ans de dialogue transatlantique devenu forum des fractures mondiales
Fondée en 1963 en pleine guerre froide, la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC) s’ouvre ce vendredi pour trois jours dans un climat de tensions inédites entre les États-Unis et l’Europe. Son président, Wolfgang Ischinger, décrit un ordre international « en cours de destruction », selon le rapport publié par sa fondation le 9 février.
1963-2026 : d’un pont transatlantique à une caisse de résonance des crises
À l’origine, ce petit rassemblement d’une cinquantaine de personnalités, dont Henry Kissinger et le futur chancelier Helmut Schmidt, visait à restaurer la confiance entre l’Allemagne et les États-Unis après la crise des missiles de Cuba. Mais dès 1963, John F. Kennedy pointait déjà le déséquilibre des contributions à l’Otan.
La conférence devient véritablement mondiale en février 2003, lorsque le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld qualifie la France et l’Allemagne de « vieille Europe », opposées à l’invasion de l’Irak. Quatre ans plus tard, Vladimir Poutine y prononce un discours fondateur, dénonçant l’élargissement de l’Otan comme une « provocation grave » – annonçant les conflits à venir en Géorgie puis en Ukraine.
2011-2022 : des espoirs de désarmement aux avertissements ignorés
En 2011, la scène munichoise accueille un moment rare de coopération : les chefs de la diplomatie russe et américaine échangent les instruments de ratification du traité New Start. Mais l’ambiance se dégrade avec le premier mandat de Donald Trump. En 2019, son vice-président Mike Pence somme les Européens d’augmenter leurs budgets de défense.
En février 2022, Volodymyr Zelensky alerte en vain sur l’imminence de l’invasion russe. Cinq jours plus tard, la guerre éclate.
2024-2026 : la rupture consommée
L’édition 2024 marque un tournant : alors sénateur, J.D. Vance prévient qu’un second mandat Trump signifierait la fin du soutien américain à l’Ukraine. Un an plus tard, vice-président, il monte à la tribune pour attaquer frontalement l’Europe libérale, l’accusant de « noyer sa civilisation » par l’immigration.
« L’éléphant dans la pièce », résume Wolfgang Ischinger : l’administration Trump oblige les Européens à envisager leur autonomie stratégique – dans la défense, l’énergie, la technologie et la finance. Les larmes du vétéran atlantiste, filmées lors du discours de Vance, symbolisent la fin d’une époque.
Un programme sous haute tension
Cette année, les discussions porteront sur les évolutions sécuritaires en Europe et en Asie, les mutations du commerce et de la coopération au développement. Mais tous les regards seront tournés vers le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio, samedi, qui pourrait acter la nouvelle donne transatlantique – et sceller, ou non, le sort du soutien à Kiev.
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