La famille de Samuel Paty réclame justice pour un enseignant tué au nom de la liberté d’expression

Les avocats de la famille de Samuel Paty ont de nouveau appelé à ce que justice soit rendue pour le professeur d’histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020. Selon eux, il est mort pour avoir défendu la laïcité et la liberté d’expression, victime d’une véritable « condamnation à mort pour blasphème ».

Depuis la fin janvier, quatre hommes sont rejugés en appel devant la cour d’assises spéciale de Paris pour leur implication dans cet attentat perpétré à Conflans-Sainte-Honorine, près du collège du Bois d’Aulne. L’auteur de l’attaque, un jeune islamiste radical tchétchène de 18 ans, avait décapité l’enseignant après avoir identifié sa cible sur les réseaux sociaux, avant d’être abattu par la police.

Deux proches de l’assaillant sont poursuivis pour complicité d’assassinat, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Mais les représentants de la famille Paty concentrent leurs critiques sur deux autres accusés : Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui. Déjà condamnés en première instance à 13 et 15 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, ils sont accusés d’avoir orchestré la campagne de dénonciation en ligne visant le professeur.

Bien qu’ils affirment ne pas avoir agi au nom d’une interdiction du blasphème, de nombreux éléments — vidéos, publications et témoignages — laissent entendre le contraire. Brahim Chnina soutient avoir agi en père indigné, après que sa fille lui a rapporté des faits inexacts sur un cours consacré aux caricatures de Mahomet. De son côté, Abdelhakim Sefrioui affirme avoir voulu dénoncer une prétendue stigmatisation des élèves musulmans.

Pour les parties civiles, cette ligne de défense revient à minimiser la portée de leurs actes. L’une des avocates de la famille dénonce l’idée qu’« un homme serait mort à cause d’un malentendu » et rejette l’argument selon lequel le blasphème n’aurait pas été au cœur de leur mobilisation.

Un autre conseil évoque une « fatwa numérique », estimant que la campagne menée sur les réseaux sociaux a désigné l’enseignant à son meurtrier. Selon lui, les accusés ont contribué à créer un climat de condamnation religieuse implicite autour d’un professeur qui exerçait simplement sa mission d’instruction sur la liberté d’expression.

Au fil des cinq semaines d’audience, marquées par des tensions et des incidents de procédure, les proches de la victime ont dû défendre la mémoire d’un enseignant décrit comme bienveillant et profondément attaché aux valeurs républicaines.

Si l’un des accusés a exprimé des regrets, la famille estime que l’autre n’a montré aucune empathie ni remise en question. Face à ce qu’elle considère comme un danger persistant, elle réclame non seulement justice, mais également protection.

Le parquet général doit présenter ses réquisitions avant les plaidoiries de la défense. Le verdict est attendu dans les prochains jours.

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