Images truquées, vétérinaires prétendument sanctionnés : les intox se multiplient autour de la crise de la dermatose nodulaire

Alors que les agriculteurs du Sud-Ouest de la France se mobilisent contre l’abattage de troupeaux bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), de nombreuses fausses informations circulent sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Entre rumeurs de sanctions disciplinaires contre des vétérinaires et images générées par intelligence artificielle, la crise sanitaire s’accompagne d’une vague d’intox.

Depuis le mois de juin, les cheptels bovins français sont confrontés à une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse, une maladie virale caractérisée par de la fièvre, une baisse de la production laitière et un taux de mortalité pouvant atteindre 10 % des animaux infectés, selon le ministère de l’Agriculture.

Pour enrayer la propagation du virus, les autorités ont mis en place une stratégie reposant sur la vaccination et l’abattage des troupeaux contaminés. Une mesure qui suscite une vive colère chez de nombreux éleveurs. La règle sanitaire est stricte : dès qu’un animal est diagnostiqué positif au sein d’un troupeau, l’ensemble du cheptel doit être euthanasié. Une décision vécue comme un drame par certains exploitants, à l’origine de blocages et de mobilisations dans plusieurs départements du Sud-Ouest.

Des vétérinaires radiés ? Une rumeur formellement démentie

Dans ce contexte de fortes tensions, une vidéo largement relayée sur le réseau social X le 13 décembre affirme que des vétérinaires auraient refusé de procéder à l’abattage de bovins et auraient été sanctionnés pour cela. Une internaute y assure que, sur 200 vaches promises à l’euthanasie, seules 100 auraient été abattues, les vétérinaires ayant refusé d’aller plus loin et ayant ensuite été « radiés de l’Ordre ».

La vidéo a notamment été relayée par le média d’extrême droite Frontières, avant d’être supprimée. Mais l’affirmation est infondée. Contacté par la rédaction des Observateurs, le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires dément catégoriquement toute sanction.

« Les allégations sont complètement fausses. Sur cette séquence en Ariège, il n’y a eu aucune radiation ni aucune procédure à l’encontre d’un vétérinaire », affirme l’institution.

Dans un communiqué publié le 29 juin, l’Ordre des vétérinaires rappelle son soutien « sans équivoque et sans réserve » à la stratégie définie par le ministère de l’Agriculture, fondée sur les données scientifiques disponibles. Il souligne que l’abattage de troupeaux, aussi difficile soit-il, reste une mesure nécessaire en complément de la vaccination et des règles de biosécurité.

L’Ordre précise également que les vétérinaires opposés aux mesures sanitaires sont très minoritaires et condamne les prises de parole qu’il juge militantes ou dénuées de fondement scientifique, rappelant que certains propos peuvent engager la responsabilité déontologique et pénale de leurs auteurs.

Une image poignante… mais générée par intelligence artificielle

Autre intox largement diffusée le 13 décembre : une image censée montrer un agriculteur en pleurs, effondré face à l’abattage imminent de son troupeau par des agents sanitaires escortés par des gendarmes. La scène, très émotive, a été partagée sur X et Facebook.

Si la détresse des éleveurs est bien réelle — « constituer un troupeau, c’est le travail de toute une vie, parfois de plusieurs générations », confiait récemment un agriculteur mobilisé à l’AFP —, la photographie en question est en revanche totalement factice.

L’image porte en bas à droite un symbole en forme de losange, correspondant au logo de Gemini, l’intelligence artificielle de Google. Elle a été produite à l’aide d’un générateur d’images photoréalistes et est identifiée comme « créée avec l’IA de Google » via Google Lens.

Le moteur de recherche s’appuie sur la technologie SynthID, un filigrane numérique invisible intégré aux images générées par IA, permettant d’en vérifier l’origine. Cette information apparaît dans la rubrique « À propos » de Google Lens, confirmant le caractère artificiel du cliché.

Une crise sanitaire sous haute tension informationnelle

Alors que la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse suscite incompréhension et colère dans le monde agricole, la circulation de fausses informations contribue à durcir encore davantage le climat. Les autorités sanitaires et les organisations professionnelles appellent à la vigilance face à ces intox, qui brouillent le débat public et alimentent la défiance dans un contexte déjà extrêmement sensible.

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