Greenpeace dénonce la poursuite des échanges nucléaires entre la France et la Russie, malgré la guerre en Ukraine
Près de quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Greenpeace publie un rapport accablant sur la poursuite du commerce nucléaire entre la France et la Russie, un secteur encore exempté des sanctions européennes. L’ONG déplore que ni Paris ni Bruxelles n’aient mis fin à leurs relations avec Rosatom, le géant public russe du nucléaire.
« Le gouvernement français et l’Europe doivent sanctionner Rosatom pour envoyer un signal fort et mettre fin à l’impunité dont jouit la première entreprise au monde à avoir pris les commandes d’une centrale nucléaire étrangère par la force », a déclaré Pauline Boyer, chargée de campagne pour Greenpeace France, en référence à la centrale ukrainienne de Zaporijjia, occupée par l’armée russe.
Si l’Union européenne vise l’indépendance énergétique vis-à-vis de Moscou, le dossier du nucléaire civil reste en suspens, faisant l’objet de tractations délicates, notamment avec la France, soucieuse de ne pas fragiliser sa filière.
Des importations toujours significatives
D’après les données douanières analysées par Greenpeace, la France a importé de janvier à septembre 2025 une part encore notable d’uranium enrichi russe (18 % du total des importations pour ces matières), bien qu’en net recul par rapport aux 67 % de 2022.
Par ailleurs, près de la moitié (49,9 %) de l’uranium naturel importé par la France provient du Kazakhstan et d’Ouzbékistan. Or, selon l’ONG, « une grande partie » de ces livraisons transite par le territoire russe, via Rosatom, avant d’arriver dans les ports européens.
Des dépendances techniques persistantes
La France reste aussi liée par un contrat avec Rosatom, signé en 2018, pour le recyclage de l’uranium de retraitement (URT) issu de ses centrales. Cet uranium recyclé est actuellement utilisé dans la centrale de Cruas (Ardèche) après avoir été converti puis ré-enrichi – des opérations pour lesquelles la Russie détient encore, selon EDF, des capacités uniques au monde.
Interrogés par l’AFP, Orano (ex-Areva) et EDF mettent en avant leurs efforts de diversification des approvisionnements. EDF assure « ne pas être dépendant d’aucun site, d’aucune société et d’aucun pays », tandis qu’Orano précise que sa production kazakhe est principalement destinée à des clients chinois.
Des alternatives à l’étude
Du côté des autorités, on indique discuter « activement » avec des partenaires européens pour développer des capacités de conversion et d’enrichissement en Europe. Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen, a pour sa part déclaré qu’une proposition sur le sujet serait présentée dès que des sources alternatives au combustible russe seraient assurées.
Ce rapport relance le débat sur la cohérence des sanctions occidentales, alors que le nucléaire reste, pour l’instant, une exception stratégique mais de plus en plus controversée.
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