Google Search dans le viseur : l’utilisation controversée des contenus d’éditeurs web
Le premier volet de l’enquête concerne l’intégration de l’IA dans Google Search, notamment via les résumés automatiques « AI Overviews », désormais visibles en Europe depuis octobre.
Ces réponses générées par IA s’appuieraient sur des contenus d’éditeurs en ligne sans compensation financière et sans possibilité de refus, selon la Commission.
Ces fonctionnalités, déployées dès le mois de mai aux États-Unis, sont déjà critiquées pour leur impact sur l’audience des sites de presse : le New York Times aurait vu son trafic chuter de plus d’un tiers.
YouTube également ciblé
Deuxième point d’investigation : YouTube. Les contenus mis en ligne sur la plateforme donneraient automatiquement à Google l’autorisation de les utiliser pour entraîner ses modèles d’IA, alors que cette possibilité est interdite aux développeurs concurrents.
Là encore, les créateurs n’auraient ni rémunération ni véritable choix, un mécanisme susceptible de constituer un abus de position dominante au regard des règles européennes.
Pour l’eurodéputé centriste Yvan Verougstraete (Renew), vice-président de la commission ITRE, cette enquête est un message clair :
« L’intelligence artificielle ne peut pas devenir une zone de non-droit dominée par quelques acteurs privés. L’Europe doit protéger l’innovation, la concurrence et les citoyens. »
Au-delà de la concurrence, un signal politique
La vice-présidente de la Commission européenne Teresa Ribera insiste sur les enjeux culturels et démocratiques du dossier :
« L’IA apporte des innovations remarquables, mais ces progrès ne peuvent se faire au détriment des principes fondamentaux de nos sociétés. »
L’enquête intervient dans un contexte politique tendu entre Bruxelles et Washington, la Maison Blanche accusant l’UE de cibler prioritairement les grandes entreprises américaines avec les règlements DMA (marchés numériques) et DSA (services numériques).
Pour Verougstraete, il s’agit au contraire d’un acte souverain :
« Nos règles s’appliquent à tous. Ce n’est pas anti-américain, c’est pro-européen. »
Le socialiste François Kalfon salue pour sa part une réaction nécessaire face au risque « d’impunité totale de la tech américaine ».
L’UE appelée à utiliser tout son arsenal réglementaire
Selon la députée européenne Stéphanie Yon-Courtin (Renew), rapporteure du prochain rapport annuel sur la concurrence, le droit traditionnel ne suffit plus :
« Face à Goliath, David fait ce qu’il peut. Il faut des outils plus rapides pour suivre le rythme de l’IA. »
Elle appelle la Commission à tirer pleinement parti des règlements DSA et DMA, tout en accélérant leur révision pour mieux encadrer l’évolution rapide de l’intelligence artificielle.
« L’IA chamboule tout, fragilise l’industrie traditionnelle et risque d’étouffer l’innovation. Les Gafam deviennent les géants de l’IA », souligne-t-elle.
Un choix stratégique pour l’Europe
Pour Bruxelles, l’alternative est désormais claire :
- laisser faire, au risque d’un affaiblissement durable de la tech européenne ;
- ou mobiliser l’ensemble des règles existantes, quitte à en renforcer certaines, pour garantir une concurrence équitable et préserver l’innovation sur le continent.
Cette enquête marque ainsi un tournant majeur dans la stratégie européenne d’encadrement de l’intelligence artificielle — et un avertissement direct adressé aux géants de la Silicon Valley.
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