Budget 2026 : le gouvernement défait sur la réforme fiscale des retraites à l’Assemblée

Le gouvernement a subi un nouveau revers ce mardi à l’Assemblée nationale lors de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2026. La commission des Finances a rejeté une mesure controversée visant à supprimer un avantage fiscal accordé aux retraités, pourtant censée générer 1,2 milliard d’euros d’économies.

La mesure en question proposait de remplacer l’actuel abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite par un forfait de 2 000 euros. Elle aurait permis une légère baisse d’impôt pour les retraités les plus modestes, tout en augmentant la contribution fiscale des autres, dans une logique de renforcement des recettes de l’État. Cette réforme s’inscrivait dans le cadre d’un plan d’économies global de 30 milliards d’euros prévu pour 2026.

Mais la proposition a suscité une levée de boucliers transpartisane. De La France insoumise au Rassemblement national, en passant par les socialistes et Les Républicains, une large majorité des groupes parlementaires s’est opposée à ce qu’ils considèrent comme une mesure injuste. Le député LR Corentin Le Fur a fustigé « l’acharnement » contre les retraités, déjà mis à contribution avec le gel de leurs pensions prévu dans le projet de budget de la Sécurité sociale, dont l’examen débute jeudi.

Une réforme défendue par la majorité présidentielle

Seul à défendre la mesure en commission, le député Renaissance et ancien ministre Guillaume Kasbarian a rappelé que les retraités bénéficient par ailleurs d’autres avantages fiscaux et affichent un taux d’épargne élevé. Il a déploré le refus de la classe politique, selon lui motivé « par pur électoralisme », d’aborder sereinement les questions fiscales touchant les retraités.

Malgré le rejet en commission, tous les amendements devront être réexaminés dans l’hémicycle à partir de vendredi, sur la base du texte initial du gouvernement.

Un budget de plus en plus fragilisé

Le rapporteur général du Budget, Philippe Juvin (LR), a chiffré à 9 milliards d’euros l’impact cumulé des amendements adoptés depuis le début des débats lundi en commission. Parmi les mesures adoptées : la réduction de l’impôt sur les sociétés pour les PME, proposée par le député socialiste Philippe Brun, ou encore le maintien d’avantages fiscaux sur les biocarburants comme le Superéthanol-E85 et le B100 (à base de colza).

D’autres amendements portés par la gauche visent à créer de nouvelles recettes, notamment la pérennisation de la « surtaxe tonnage », qui cible l’armateur CMA-CGM, ou encore l’instauration d’une contribution exceptionnelle sur les « super-dividendes », inspirée d’un dispositif proposé en 2022 par le centriste Jean-Paul Mattei (MoDem).

Une majorité sous pression

Ces ajustements suffiront-ils à satisfaire la gauche, qui critique un budget manquant d’équité fiscale ? Rien n’est moins sûr. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a averti que son groupe pourrait « avoir un jugement extrêmement sévère » si le texte n’était pas corrigé pour mieux « protéger les Français ».

Au sein même de la majorité présidentielle, des voix s’élèvent. Les députés Renaissance plaident pour un rééquilibrage du budget avec moins de hausses d’impôts et davantage de baisses de dépenses. De leur côté, Les Républicains menacent de ne pas voter le budget « en l’état », le qualifiant d’ »invotable ». Le patron du parti, Bruno Retailleau, n’exclut pas même un débat sur une éventuelle motion de censure.

Alors que les discussions doivent se poursuivre en séance plénière, l’examen du budget s’annonce de plus en plus délicat pour l’exécutif, pris en étau entre les exigences de rigueur budgétaire et la pression politique croissante autour du pouvoir d’achat et de la justice fiscale.

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