Bangladesh : Shafiqur Rahman et le Jamaat-e-Islami à l’assaut du pouvoir

À 67 ans, Shafiqur Rahman repart en campagne pour les législatives du 12 février au Bangladesh, porté par un parti islamiste en pleine renaissance depuis la chute du gouvernement de Sheikh Hasina en août 2024. À la tête du Jamaat-e-Islami, qui a retrouvé la légalité après des années de clandestinité, il pourrait, en cas de victoire, devenir le Premier ministre d’un gouvernement islamiste pour la première fois dans l’histoire du pays.

Médecin de formation, Shafiqur Rahman a connu la prison et la clandestinité sous l’ancien régime, passant quinze mois derrière les barreaux alors que le Jamaat-e-Islami était déclaré hors-la-loi et que plusieurs de ses dirigeants étaient exécutés. Depuis la levée de l’interdiction, le parti s’est repositionné sur l’échiquier politique et figure désormais parmi les favoris du scrutin.

Une image modérée pour séduire l’électorat

Longue barbe blanche et vêtements assortis, Shafiqur Rahman adopte un ton modéré dans ses discours. « Je me bats pour le renouveau moral de la société. La bonne gouvernance est la base de la stabilité, de la paix et de la prospérité », répète-t-il. Il promet de respecter l’État de droit et de protéger les minorités religieuses, qui représentent environ 10 % de la population, tout en affichant une approche diplomatique équilibrée entre la Chine et l’Inde.

Né en 1958 dans le district de Moulvibazar, dans le nord-est du pays, Shafiqur Rahman a commencé sa carrière politique dans un parti d’extrême gauche avant de rejoindre en 1977 la branche étudiante du Jamaat-e-Islami, qu’il n’a plus quittée depuis. Malgré trois échecs électoraux (1996, 2001 et 2018), il a été élu deux fois à la tête du parti et est crédité par certains observateurs d’avoir contribué à son renouveau.

Des questions sensibles à gérer

Si sa ligne publique reste modérée, Shafiqur Rahman a récemment été critiqué pour ses propos sur la place des femmes dans la société. En janvier, un message controversé sur les réseaux sociaux a provoqué une manifestation de centaines de femmes dans la capitale Dacca. Le dirigeant a expliqué que son compte avait été piraté et a effacé le message, mais l’incident a relancé le débat sur la politique de son parti envers les femmes et les minorités.

Le Jamaat-e-Islami a par le passé participé à des campagnes contre les footballeuses ou le recrutement de professeurs de danse dans les écoles, et Shafiqur Rahman devra clarifier sa position sur ces sujets sensibles s’il souhaite élargir son électorat.

Marié à une médecin et père de deux filles également docteures, le chef du Jamaat-e-Islami espère que cette fois-ci, après trois tentatives infructueuses, son parti réussira à s’imposer et à accéder au pouvoir au Bangladesh.

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