Avec une barge électrique, le Rhône se prépare à devenir une autoroute fluviale décarbonée
Le Rhône pourrait bientôt changer d’échelle. À l’horizon 2028, une barge électrique à conteneurs reliera Lyon au port de Fos-Marseille, marquant une étape clé dans le développement du transport fluvial décarboné en France.
L’annonce a été faite jeudi soir à Lyon par Rodolphe Saadé, PDG de l’armateur CMA CGM. Objectif affiché : réduire la part du transport routier, largement majoritaire sur cet axe, en favorisant une alternative moins polluante et plus efficace pour l’acheminement des marchandises entre la Méditerranée et l’intérieur du pays.
Le projet repose notamment sur la création de stations de recharge électrique dédiées le long du Rhône par la Compagnie nationale du Rhône (CNR). CMA CGM a par ailleurs obtenu fin 2024 la sous-concession d’exploitation du terminal fluvial de Lyon, condition indispensable au déploiement de cette nouvelle infrastructure.
Une barge capable de remplacer 156 camions
Longue de 185 mètres, la future barge sera hybride et pourra transporter jusqu’à 156 conteneurs standards, soit l’équivalent d’autant de camions retirés des routes. Son coût est estimé à environ 20 millions d’euros.
D’ici à 2030, CMA CGM, troisième armateur mondial basé à Marseille, ambitionne de doubler ses volumes dits « multimodaux » entre Fos-Marseille et Lyon. Concrètement, 100.000 conteneurs standards pourraient être transportés chaque année par voie fluviale, et 60.000 par le rail.
Aujourd’hui, sur cet axe stratégique, près de 80 % des marchandises transitent par la route, contre 15 % par le rail et seulement 5 % par le fleuve. Sur les 330 kilomètres navigables entre Marseille et Lyon, le transport fluvial est encore majoritairement dédié au vrac (sable, sel, céréales…), avec environ 70.000 conteneurs acheminés chaque année. Pourtant, selon l’Ademe, le transport fluvial émet trois à cinq fois moins de CO₂ que la route par tonne transportée.
Un projet au cœur de « Marseille en grand »
La future barge électrique s’inscrit dans le cadre du plan « Marseille en grand », annoncé par Emmanuel Macron en septembre 2021, qui vise notamment à transformer le port de Marseille-Fos en un grand ensemble fluvio-maritime reliant Marseille à Lyon.
Mais l’ambition dépasse le cadre national. « Le déploiement de nouvelles capacités fluviales, dont une barge électrique à partir de 2028, contribuera à faire de la France une porte d’entrée décarbonée vers l’Europe », a souligné Rodolphe Saadé dans une déclaration à l’AFP.
Le patron de CMA CGM avait d’ailleurs reçu en février 2025, à Marseille, le Premier ministre indien Narendra Modi aux côtés d’Emmanuel Macron, afin d’évoquer le corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC). Dans ce cadre, Marseille pourrait s’imposer comme l’un des ports d’entrée européens de ce nouveau réseau logistique international.
Développer l’hinterland de Marseille-Fos
Pour renforcer son attractivité face aux grands ports européens, Marseille-Fos doit cependant élargir ses débouchés vers l’arrière-pays, « jusqu’au Rhin et au Danube », souligne Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille-Provence. Une stratégie comparable à celle du Havre avec la création d’Haropa, ou de Rotterdam grâce à son vaste réseau fluvial.
Un consortium réunissant CMA CGM, la CCI Aix-Marseille-Provence, la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne, la Banque des Territoires et la CNR travaille déjà à cette perspective. Les partenaires prévoient d’investir 40 millions d’euros pour moderniser le terminal du port Édouard-Herriot à Lyon, avec deux ans de travaux à la clé.
CMA CGM n’en est pas à son premier test : l’armateur a lancé l’an dernier au Vietnam un projet pilote de barge porte-conteneurs électrique sur un trajet de 90 kilomètres, principalement au service du groupe américain Nike.
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