Aide à mourir : des Français continuent de se rendre en Belgique faute de solution en France
Alors que le débat sur l’aide à mourir se poursuit au Parlement français, certains Français continuent de franchir la frontière pour obtenir cette assistance en Belgique, faute de cadre légal national pleinement opérationnel. Pour beaucoup, c’est une question de dignité et de timing face à des maladies graves.
Marc, 78 ans : attendre ou partir en Belgique
Marc (prénom modifié), ancien professeur de mathématiques de 78 ans, a rencontré un médecin belge en octobre dernier. « On a été directement sur la même longueur d’onde », raconte-t-il. Mais pour l’instant, son cancer du poumon de stade trois ne le rend pas encore éligible à l’aide à mourir. « Tant que je n’ai pas de métastases, il n’y a aucune raison de bénéficier de l’aide belge », explique-t-il.
Diagnostiqué il y a quatre ans et demi, les médecins ne lui donnaient alors que deux ans à vivre. Marc sait que l’apparition de métastases sera « inévitable », et c’est à ce moment-là qu’il pourrait être concerné par la future loi française, actuellement débattue à l’Assemblée nationale. Le vote solennel sur le texte est prévu mardi.
La version actuelle du projet prévoit cinq conditions cumulatives pour bénéficier de l’aide à mourir : être majeur, français ou résident en France, atteint d’une « affection grave et incurable » mettant en jeu le pronostic vital en phase avancée ou terminale, capable de manifester sa volonté de façon libre et éclairée, et présenter une souffrance physique ou psychologique insupportable ou réfractaire aux traitements.
« S’ils étaient pris rapidement, je choisirais une aide médicale en France, à mon domicile, dans mon lit, avec la vue sur notre petit jardin joliment fleuri. Ce serait parfait », confie Marc. Mais il reste sceptique face à la lenteur du processus politique et à l’attente des décrets d’application. « La paresse, l’immoralité et l’hypocrisie françaises vont me coûter quelques semaines de vie », déplore-t-il.
La Belgique, refuge temporaire
Selon la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie (CFCE) belge, 106 patients français ont bénéficié d’une aide à mourir en 2024, contre 101 en 2023 et 53 en 2022. Jacqueline Herremans, présidente de l’Association belge pour le droit de mourir dans la dignité, estime que ces chiffres ne représentent que « la partie émergée de l’iceberg » : le collectif reçoit quatre à cinq demandes par jour en provenance de France.
Philippe et le sentiment d’abandon
D’autres Français savent qu’ils ne respecteront pas les critères de la future loi. C’est le cas de Philippe (prénom modifié), diagnostiqué en 2015 avec une tumeur cérébrale atypique et agressive. Après plusieurs récidives et complications, il ne marche plus et souffre de troubles de l’élocution et de la déglutition. Mais sa souffrance physique n’est pas « insupportable » et son pronostic vital n’est pas directement engagé.
Chaque mois, le couple dépense entre 3.000 et 4.000 euros pour les aides dont bénéficie Philippe. « Nous avons les moyens de payer, mais plein d’autres personnes ne les ont pas. Vous n’avez pas le sentiment qu’elles sont abandonnées ? » s’indigne Martine, son épouse.
Pour Philippe, la Belgique représente une solution concrète. Son rendez-vous pour l’euthanasie est fixé au 20 mars.
Une loi française encore trop timide
Alors que le Parlement français s’apprête à voter la loi sur l’aide à mourir, de nombreux Français restent dans l’attente d’un cadre légal clair et opérationnel. Pour certains, comme Marc et Philippe, la Belgique demeure aujourd’hui le seul moyen de garantir une fin de vie choisie et digne.
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