À Teillé, un tandem inédit à la tête de la mairie
Dans la commune de Teillé (Loire-Atlantique), 1.800 habitants, la gestion municipale repose sur une organisation singulière : deux élus exercent de facto la fonction de maire. Si un seul nom apparaît officiellement, celui d’Arnaud Pageaud, élu en 2020, son adjoint Jérôme Squelard partage avec lui l’ensemble des responsabilités.
« Au conseil municipal, on siège tous les deux et on anime à part égale. Au quotidien, on gère la commune en duo », résume Arnaud Pageaud.
Dans leur bureau commun, installé face à face, un tableau blanc et une série de photos prises lors d’événements locaux illustrent cette collaboration permanente. Dès le début du mandat, les deux élus avaient imaginé cette organisation collégiale. « Je ne voulais pas être maire seul. J’aime connaître tous les domaines d’activité et j’avais, par exemple, des lacunes en urbanisme. Aujourd’hui, on est tellement habitués à notre fonctionnement que ce serait étrange d’être seul », confie Jérôme Squelard.
Un partage des responsabilités assumé
Tous deux exercent une activité professionnelle en parallèle — l’un est gestionnaire des ressources humaines dans un lycée, l’autre éducateur en disponibilité — et estiment que ce fonctionnement leur a permis de préserver un équilibre entre engagement public, vie familiale et travail.
Selon une enquête menée en novembre 2025 par l’Association des maires de France (AMF) et le Cevipof, 79 % des maires qui ne souhaitent pas briguer un nouveau mandat invoquent le besoin de retrouver du temps pour leur vie personnelle. À l’inverse, près de six maires sur dix envisagent de se représenter en 2026, notamment pour poursuivre les projets engagés et servir l’« intérêt général ».
À Teillé, le tandem, sans étiquette politique, compte se représenter selon la même organisation. « Les gens dans la rue nous le demandent », assurent-ils, affirmant n’avoir connaissance d’aucune liste concurrente.
En 2020, alors que le maire sortant renonçait à se représenter, aucun habitant ne semblait prêt à prendre la relève. Les deux hommes, alors adjoints, avaient décidé de franchir le pas ensemble.
Complémentarité et gestion des tensions
Pour Sabrina Gerer, 44 ans, habitante de la commune, le système a fait ses preuves : « Ils sont très disponibles et on sait qu’en s’adressant à l’un ou à l’autre, la transmission se fera. »
Les deux élus disent avoir reçu une centaine d’appels ces derniers mois de personnes intéressées par leur mode de gouvernance. Ils estiment toutefois que deux conditions sont indispensables : une réelle complémentarité de caractère et l’absence d’ego. En cas de désaccord, pas question de rivalité : « S’il dit 8 et que je dis 6, on va faire 7 », illustre Arnaud Pageaud.
Le duo souligne également l’avantage d’être deux face aux situations difficiles. Ils évoquent notamment l’annonce, en pleine nuit, du décès d’un jeune homme de 20 ans à sa mère, ou encore la mobilisation d’une centaine d’opposants à un projet éolien privé venus demander des comptes en mairie. « Être à deux permet de mieux absorber le mécontentement des gens », estime Jérôme Squelard.
D’après l’étude AMF/Cevipof, 65 % des maires déclarent avoir déjà été victimes d’incivilités, soit 12 points de plus qu’en 2020.
Malgré un quotidien jugé « pas toujours évident », les deux édiles se disent « plutôt satisfaits » de leur bilan et déterminés à poursuivre l’aventure pour un nouveau mandat de six ans.
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