République tchèque : quelle politique sur l’Ukraine après la victoire d’Andrej Babis ?

Avec plus de 34 % des voix aux élections législatives du samedi 4 octobre, Andrej Babis a signé une large victoire en République tchèque. L’ancien Premier ministre est désormais en position de former un nouveau gouvernement, à condition de s’allier avec au moins deux autres partis, dont le mouvement d’extrême droite SPD. Une alliance qui pourrait avoir des conséquences notables sur la politique étrangère du pays, notamment à l’égard de l’Ukraine.

Une ligne officielle pro-UE et pro-Otan

Face aux critiques de ses adversaires, Andrej Babis a tenu à réaffirmer son attachement à l’Union européenne et à l’Otan. « Je suis pour l’Europe et pour l’Otan », a-t-il déclaré dans la foulée de sa victoire. Des propos rassurants alors que la progression du SPD, bien qu’en deçà des attentes, suscite des inquiétudes sur l’orientation future du gouvernement.

Un soutien à l’Ukraine en question

Mais sur le dossier ukrainien, la position du futur gouvernement s’annonce plus ambivalente. Si Andrej Babis ne remet pas en cause le principe du soutien à Kiev, il a critiqué l’initiative tchèque qui, depuis 2024, permet à des pays non membres de l’Otan de fournir discrètement des munitions à l’Ukraine en passant par la République tchèque.

Cette stratégie, très efficace jusqu’ici grâce aux réseaux tchèques dans l’industrie de l’armement, est jugée coûteuse par Babis. Il accuse le dispositif d’enrichir les industriels du secteur et envisage de l’abandonner. Une décision qui pourrait fragiliser l’approvisionnement en munitions de l’armée ukrainienne.

L’inquiétude des réfugiés ukrainiens

Sur le plan intérieur, la victoire du parti ANO et la montée du SPD suscitent une vive inquiétude parmi les réfugiés ukrainiens installés en République tchèque. Accueillis avec bienveillance au début de la guerre en 2022, ils sont aujourd’hui la cible de discours hostiles, accusés notamment d’abuser du système d’aides sociales.

« Bien sûr que cela nous inquiète », confie Tania Vanouss, bénévole de l’ONG Prague Maïdan. « Nous restons prudents car nous ne savons pas ce qu’ils vont faire : poursuivre les aides ou les réduire ? »

Oleh, réfugié originaire de la région de Dnipro, dénonce pour sa part un discours populiste : « Ils pensent que s’attaquer aux réfugiés leur fait gagner des voix. Mais c’est faux. »

Des études ont pourtant démontré que les réfugiés ukrainiens ont soutenu la croissance tchèque depuis leur arrivée. Beaucoup ont trouvé un emploi et contribuent aux recettes fiscales du pays. Leur départ, tel que souhaité par certains élus du SPD, pourrait entraîner un recul du PIB.

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