Sophie Adenot en orbite : “comme un poisson dans l’eau” à bord de l’ISS
La tête en bas, les pieds vers le plafond, telle une chauve-souris en apesanteur, Sophie Adenot est apparue souriante et détendue jeudi, lors de sa première prise de parole depuis l’espace. Après deux semaines passées en orbite, elle assure se sentir « comme un poisson dans l’eau ».
Arrivée mi-février à bord de la Station spatiale internationale (ISS), elle devient la première Française à séjourner dans l’espace depuis Claudie Haigneré, il y a vingt-cinq ans.
La liaison a été organisée depuis le siège parisien de l’Agence spatiale européenne (ESA), via le centre spatial de Houston, comme une visioconférence presque ordinaire — à ceci près que l’intervenante principale flottait à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.
Au début de l’échange avec les médias, traduit en anglais pour les équipes de la NASA, l’astronaute survolait le sud du Japon. Vingt minutes plus tard, elle approchait de la côte ouest des États-Unis, après avoir parcouru près de 10 000 kilomètres à la vitesse vertigineuse de 28 000 km/h.
« C’est encore mieux que ce que j’avais imaginé. La vue de la Terre est absolument magnifique », confie-t-elle, revenue tête en haut pour l’entretien, ses cheveux blonds flottant en permanence autour de son visage. À 43 ans, l’ingénieure et ancienne pilote d’essai dit n’avoir ressenti aucun des désagréments parfois associés à l’arrivée en orbite. « Dès la première seconde, je me suis sentie parfaitement bien. »
Un moment l’a particulièrement marquée : son passage dans la Coupole, le module d’observation panoramique de l’ISS. « J’étais euphorique, comme si chaque cellule de mon corps partageait cette joie. La Terre est si belle vue d’en haut. On ressent une forme d’unité avec toute l’humanité. »
Un quotidien intense
Les journées à bord sont rythmées et exigeantes. Réveil vers 5h30, souvent par une séance de sport — indispensable pour limiter la perte musculaire en apesanteur — avant d’enchaîner expériences scientifiques, maintenance et tâches logistiques jusqu’en début de soirée.
Elle a déjà commencé à collaborer avec le Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales (CADMOS) à Toulouse, notamment sur une étude en kinésiologie visant à optimiser les mouvements en impesanteur. D’ici son retour prévu en octobre, elle participera à plus de 200 expériences.
Entre rigueur et étonnement
Laboratoire scientifique unique, l’ISS demeure aussi l’un des rares symboles de coopération internationale continue, notamment entre Occidentaux et Russes. Ces derniers jours, l’équipage s’est consacré au désamarrage d’un vaisseau cargo de SpaceX, chargé de ramener sur Terre plusieurs mois de travaux scientifiques.
Malgré des années de préparation, certaines réalités de la vie en orbite l’ont surprise. « Vu de loin, on a l’impression que c’est un bazar », raconte-t-elle en montrant le module Columbus. « Mais tout est minutieusement répertorié. Chaque objet a sa place. »
Elle évoque aussi les odeurs métalliques de « carlingue » et les sons inhabituels, comme les mousquetons qui s’entrechoquent, autant de détails qui donnent à la station son atmosphère singulière.
Prochaine étape majeure : sa première sortie extravéhiculaire, prévue en mars. « On croise les doigts », glisse-t-elle avec enthousiasme.
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