À la frontière turco-iranienne, des exilés iraniens appellent l’Amérique à l’aide contre le régime des mollahs
Samedi matin, au poste-frontière de Kapiköy, dans l’est de la Turquie, des Iraniens traversent la frontière par dizaines. Fatigués, méfiants, beaucoup n’osent s’exprimer qu’à demi-mot – mais une quinquagénaire, sous couvert d’anonymat, résume le désarroi de certains : « Nous prions pour que l’Amérique nous attaque, voilà où nous en sommes. […] À l’intérieur de l’Iran, on ne peut rien faire, ils nous tuent. »
Ces propos, d’une violence rare, témoignent de l’exaspération d’une partie de la population après la sanglante répression des manifestations de janvier. Une femme, se faisant appeler Shabnan, confie : « Avec les mollahs, on a fait un bond en arrière de 100 ans. » Elle évoque des tirs dans le dos, des victimes dans chaque entourage, et une réalité occultée par les médias officiels : « Pour la télé iranienne, tout va très bien. »
Selon l’ONG HRANA, plus de 6 500 personnes ont été tuées en Iran depuis le début du mouvement, et plus de 17 000 autres décès font l’objet d’enquêtes.
Une frontière sous tension
Face à la montée des tensions régionales entre Washington et Téhéran, la Turquie joue un rôle de médiateur et se tient prête à renforcer ses 550 km de frontière avec l’Iran – déjà équipés d’un mur, de tranchées et de barbelés sur près de 400 km.
En temps normal, nombreux sont les Iraniens qui franchissent cette frontière pour quelques jours de détente à Van, en Turquie. Mais avec la crise économique qui frappe le pays – chute de la monnaie, pénuries –, les passages se font plus rares et plus discrets.
« On ne trouve plus rien de l’autre côté », soupire un jeune couple de Tabriz, venu pour trois jours de shopping. Un couvreur de 27 ans, Abdullah Hasan, craint surtout qu’en cas de guerre, « la frontière ferme », le privant d’un approvisionnement devenu vital.
Désillusion et désespoir
La méfiance reste de mise : les autorités iraniennes fouillent les téléphones et notent les numéros, incitant les voyageurs à la prudence. Près du poste de contrôle, Rosa, 29 ans, arrive d’Ispahan avec un sac rempli de cadeaux. Pour elle, l’espoir d’une intervention américaine est vain : « C’est beaucoup trop tard maintenant. On sait qu’ils ne viendront pas pour nous, mais pour le pétrole. Pour leurs propres intérêts. Nous, on ne compte pas. »
Ces récits, recueillis dans l’urgence, dessinent le portrait d’une population tiraillée entre la peur, la colère et un profond sentiment d’abandon, tandis que la région retient son souffle.
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