Mercosur : le Parlement européen saisit la justice de l’UE et freine l’accord commercial avec l’Amérique du Sud
Le Parlement européen a infligé un coup d’arrêt à l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur en saisissant la Cour de justice de l’UE, une décision saluée par des centaines d’agriculteurs rassemblés mercredi à Strasbourg. Le vote du Parlement, très serré, s’est conclu par 334 voix pour, 324 contre et 11 abstentions.
La nouvelle a provoqué une effusion de joie parmi les agriculteurs présents, qui manifestaient depuis plusieurs jours contre le traité. « C’est un peu l’euphorie, c’est un très long combat », a déclaré Romain Blanchard, viticulteur et producteur de céréales dans les Bouches-du-Rhône.
Des positions contrastées entre États et industriels
L’exécutif européen a exprimé sa « profonde déception » suite au vote. Le chancelier allemand Friedrich Merz, fervent défenseur du traité signé samedi au Paraguay, a jugé la décision « regrettable » et a demandé son application provisoire, convaincu de la légalité de l’accord.
À l’inverse, le gouvernement français a salué la décision du Parlement européen, la considérant en cohérence avec sa position de refus. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont également célébré le vote, affirmant que « le Parlement européen se range du côté des agriculteurs ».
Pour les opposants, ce recours devant la Cour de justice pourrait retarder d’un an et demi le vote global sur la ratification de l’accord, qui concerne l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Ce premier vote traduit des équilibres fortement marqués par les considérations nationales, les eurodéputés français votant unanimement pour la saisine.
Un traité stratégique mais controversé
Le Mercosur doit créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, regroupant plus de 700 millions de consommateurs. Il vise à faciliter les exportations européennes de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine, tout en permettant l’entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
Pour ses détracteurs, l’accord menace l’agriculture européenne, confrontée à des produits importés moins chers et parfois non conformes aux normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
L’industrie allemande, bénéficiaire majeure de cet accord, a exprimé sa déception. Hildegard Müller, présidente du VDA, a qualifié la décision de « signal dévastateur » pouvant mettre en péril l’ensemble de l’accord.
Application provisoire : un débat en suspens
La question de l’application provisoire de l’accord se pose désormais. Certains eurodéputés, comme Jorgen Warborn (PPE), estiment que la Commission européenne doit agir, même sans le consentement du Parlement. D’autres, comme Bernd Lange (S&D), président de la commission commerce du Parlement, refusent toute application sans accord préalable du Parlement.
Malgré l’incertitude, des figures politiques comme François-Xavier Bellamy considèrent l’accord comme « en sursis », illustrant les tensions persistantes autour de ce traité stratégique pour l’Europe et l’Amérique du Sud.
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