Présidentielle au Portugal : l’extrême droite bien placée au premier tour mais peu de chances de l’emporter
Les Portugais sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin marqué par un nombre record de onze candidats et par la percée annoncée du candidat d’extrême droite, André Ventura. Selon les derniers sondages, le président du parti Chega pourrait se qualifier pour le second tour, prévu le 8 février, voire arriver en tête au premier. Mais ses chances de victoire finale restent très faibles, selon les spécialistes.
Historien français et spécialiste du Portugal, Yves Léonard rappelle que, même si le président portugais ne dispose pas du pouvoir exécutif, sa fonction est loin d’être symbolique. « Le Portugal est un régime semi-présidentiel, et le président sortant, Marcelo Rebelo de Sousa, a largement renforcé cette dimension », explique-t-il. Le chef de l’État dispose notamment du pouvoir de dissolution du Parlement, qu’il a utilisé à plusieurs reprises, ainsi que d’un droit de veto suspensif sur les lois. Très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, Marcelo Rebelo de Sousa a également contribué à renforcer la visibilité et l’influence de la fonction.
Cette évolution institutionnelle s’inscrit dans un contexte de recomposition politique. Les deux grands partis traditionnels — le Parti socialiste (PS) et le Parti social-démocrate (PSD) — dominent toujours la scène politique, mais leur poids électoral s’est érodé ces dernières années. « Là où ils réunissaient autrefois plus des deux tiers des voix, ils plafonnent aujourd’hui autour de 55 à 60 % », souligne Yves Léonard. Cette dynamique ouvre un espace à des forces contestataires, notamment à l’extrême droite.
André Ventura, 43 ans, incarne cette montée en puissance. Ancien membre du PSD, juriste de formation et figure médiatique connue pour ses interventions sur le football, il a fondé en 2019 le parti Chega (« Ça suffit »). Ce mouvement d’extrême droite s’appuie sur un discours sécuritaire, anti-immigration et nationaliste, tout en réactivant certaines références au salazarisme, la dictature qui a gouverné le Portugal jusqu’en 1974.
Ventura revendique un discours de restauration des « valeurs chrétiennes » et de la grandeur nationale, n’hésitant pas à reprendre une rhétorique inspirée du slogan « Make America Great Again ». Récemment, il a tenu un discours symbolique à Guimarães, berceau historique du Portugal, pour appeler à un retour aux racines du pays. Son rapport au passé dictatorial reste toutefois ambigu : il évoque parfois la figure de Salazar comme un modèle d’autorité, tout en reconnaissant les limites de ce régime.
Pour Yves Léonard, l’objectif principal d’André Ventura n’est pas tant de remporter l’élection que de consolider sa position politique. « Il sait qu’il a très peu de chances d’être élu, en raison d’un plafond de verre particulièrement fort au Portugal », analyse l’historien. « Mais se qualifier pour le second tour serait une victoire symbolique majeure. » Lors des dernières législatives, Chega est devenu la deuxième force parlementaire du pays avec 60 députés.
La campagne présidentielle offre à l’extrême droite une vitrine médiatique exceptionnelle. Très actif sur les réseaux sociaux, André Ventura s’appuie sur une équipe de jeunes communicants pour diffuser ses messages, notamment auprès d’un électorat plus jeune. Soutenu par des figures internationales de la droite radicale, dont Donald Trump, il incarne une forme de « trumpisation » du débat politique portugais.
Si André Ventura échouait à se qualifier pour le second tour, ce serait un revers personnel important. Mais quelle que soit l’issue du scrutin, sa progression confirme la banalisation progressive de certaines idées d’extrême droite dans le paysage politique portugais.
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