Iran : des témoignages de la répression et de la colère populaire
Alors que l’Iran est plongé dans un huis clos total depuis plus de cinq jours, certains Iraniens parviennent à quitter le pays et témoignent de la violence et de la répression qu’ils ont vécues. Pour eux, ce mouvement populaire diffère des précédents et pourrait marquer un tournant historique.
« Ce que j’ai vu là-bas est incroyable. Cela n’a rien à voir avec les mouvements précédents. Cette fois-ci, c’est différent, cette fois-ci, c’est une révolution », raconte Leila*, récemment revenue de Mashhad et aujourd’hui installée à Istanbul. Dans son témoignage, elle décrit des rues où l’électricité était coupée, des bâtiments en feu et des habitants criant des slogans depuis les toits, tandis que certains ouvraient leurs portes pour protéger les manifestants.
Une répression meurtrière
La violence des forces de sécurité est au cœur de ces récits. Selon l’ONG HRANA, 2 403 manifestants ont été tués, dont 12 enfants et neuf civils non-manifestants, tandis que 147 membres des forces de l’ordre ont également perdu la vie. L’ONG Iran Human Rights fait état d’au moins 3 428 décès de manifestants, et l’organisation Hengaw estime le bilan à 2 500 victimes depuis le début des manifestations.
« Je suis sûre que nous dépassons largement les 2 000 morts. Sur place, les forces de l’ordre tiraient à balles réelles », confirme Leila. Kiarash, revenu de Téhéran, décrit la scène macabre du cimetière Behesht Zahra où des familles retrouvaient les corps de proches tués par la répression. « Ils avaient installé des hangars pour que les familles identifient les corps. J’ai vu trois couches de victimes entassées et des corps jetés depuis un conteneur frigorifique. C’était horrible », témoigne-t-il.
Parvaneh*, de retour à Paris, rapporte avoir entendu « les tirs et les mitrailleuses sans interruption », tandis que la mairie de son quartier avait été incendiée et que les forces de sécurité tiraient depuis le toit d’un poste de police. Les communications étaient coupées, et seuls des SMS officiels diffusaient des messages de dénonciation des « terroristes armés ».
Une fuite éprouvante
Traverser la frontière a été traumatisant pour ces témoins. Kiarash raconte son départ vers Istanbul, stressé à l’idée de ne pas pouvoir quitter le pays, et ayant effacé toutes ses données personnelles pour ne pas être repéré. Leila a également désinstallé ses applications de réseaux sociaux pour se protéger. Parvaneh décrit son passage à l’aéroport de Téhéran comme un « mourir symbolique », perdant tout contact avec ses proches et voyant des vols d’urgence vendus à des prix exorbitants.
Une colère populaire en hausse
Malgré l’horreur vécue, les témoignages traduisent aussi une forte détermination. Kiarash estime que « les gens vont être de plus en plus en colère » et souligne que l’objectif principal est « d’en finir avec ce régime ». Reyhaneh*, arrivée en Espagne le 7 janvier, témoigne de l’aspiration à la liberté : « Les jeunes ne veulent qu’une chose : la liberté, peu importe le prix, même si cela implique l’intervention de puissances étrangères ».
Pour Leila, être la voix des manifestants est essentiel : « Dans les rues, j’ai vu des hommes et des femmes de tous âges sacrifier leur vie pour un Iran libre. La moindre chose que l’on puisse faire, c’est de relayer leur message et leur courage ».
Share this content:



Laisser un commentaire