Tunisie : l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani libérée sous condition
L’avocate tunisienne et chroniqueuse Sonia Dahmani a été remise en liberté conditionnelle jeudi 27 novembre après plus de 18 mois de détention, a annoncé l’un de ses avocats, Me Sami Ben Ghazi. Plusieurs médias tunisiens ont indiqué que cette décision émane du ministère de la Justice.
Âgée de 60 ans et connue pour ses positions critiques envers le président Kaïs Saïed, Sonia Dahmani avait été condamnée à au moins trois reprises ces derniers mois, dans le cadre de plusieurs affaires liées à ses interventions médiatiques sur la question du racisme en Tunisie. Elle faisait l’objet de cinq poursuites distinctes sur la base du décret présidentiel 54, qui réprime la diffusion de « fausses informations » et est dénoncé par les défenseurs des droits humains.
Selon son avocat, l’avocate a pu regagner son domicile mais demeure soumise à des mesures de contrôle judiciaire. Certains médias rapportent qu’une expertise médicale faisant état d’une dégradation de son état de santé — notamment un diabète, de l’hypertension et des troubles thyroïdiens — a contribué à motiver sa libération.
Arrêtée de manière brutale le 11 mai 2024 au siège de l’Ordre des avocats à Tunis, une intervention filmée en direct par France 24, Sonia Dahmani avait reçu un large soutien, notamment de plusieurs barreaux français et d’organisations internationales.
Préoccupation du Parlement européen
Le même jour, le Parlement européen a adopté une résolution exprimant sa « profonde préoccupation » face à la détérioration de l’État de droit et des libertés fondamentales en Tunisie. Les députés y condamnent la « détention arbitraire » et le « harcèlement judiciaire » visant Sonia Dahmani ainsi que les « conditions de détention » qui lui étaient imposées. Ils appellent à sa libération « immédiate et inconditionnelle » ainsi qu’à celle de toutes les personnes poursuivies pour des délits d’opinion. L’institution demande également l’abrogation du décret 54, qualifié « d’outil d’ingérence dans les libertés fondamentales ».
Avant sa libération, Sonia Dahmani purgeait notamment une peine de deux ans de prison prononcée en juin pour avoir dénoncé l’existence de cimetières et de bus réservés aux personnes noires dans certaines régions du pays. Elle avait par ailleurs été condamnée à 18 mois d’emprisonnement après avoir ironisé, en mai 2024, sur les discours politiques affirmant que les migrants subsahariens souhaiteraient s’installer durablement en Tunisie.
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